Wout van Aert est enfin parvenu à remporter ce Paris-Roubaix qui s’était jusqu’ici toujours refusé à lui. Au terme d’une course légendaire, marquée par les multiples crevaisons et ennuis mécaniques, le Belge a forcé son destin pour s’imposer dans le vélodrome de Roubaix lors d’un sprint à deux dominé face à Tadej Pogacar. Probablement l’aboutissement d’une carrière pour van Aert, souvent malchanceux mais désormais capable d’accrocher un 2e Monument à son palmarès, 6 ans après avoir enlevé Milan – Sanremo. Jasper Stuyven complète le podium du jour devant un Mathieu Van der Poel, lui aussi héroïque mais particulièrement malchanceux.

van Aert et Pogacar pas épargnés par la malchance

On a vite compris qu’on risquait d’assister à un Paris-Roubaix unique en son genre dès les premiers kilomètres de course, disputés à une allure folle. Malgré les multiples tentatives, aucune échappée n’est parvenue à se former. C’est donc UAE Emirates qui a donné le ton dès le premier secteur pavé. Nils Politt et Antonio Morgado se sont ainsi mis au carton pour écrémer un peloton déjà fatigué. Mads Pedersen, Jasper Stuyven, Arnaud De Lie et surtout Wout van Aert ont enregistré leurs premières crevaisons. Ils ont pu revenir sans trop de problèmes.

Le forcing d’UAE ne s’est pas arrêté une seule seconde si bien qu’on n’avait plus qu’un peloton d’une cinquantaine de coureurs à 130 kilomètres de l’arrivée. Ce coup de force est pourtant revenu en plein visage de Tadej Pogacar 10 km plus loin, à 120 bornes du terme. Victime d’une crevaison, le Slovène est d’abord monté sur le "mulet" fourni par l’assistance neutre avant de retrouver son vélo 5 kilomètres plus loin. Il lui faudra finalement 20 kilomètres pour revenir dans le peloton de tête, juste avant la Trouée d’Arenberg.

Traversée d’Arenberg cauchemardesque pour Mathieu Van der Poel

La mythique tranchée aura été le théâtre de l’autre énorme fait de course de ce Paris-Roubaix 2026 : la double crevaison de Mathieu Van der Poel. Calé dans la roue de Wout van Aert, le triple vainqueur en titre a connu une traversée catastrophique de la forêt entre dépannage foireux, promenade à contresens et seconde crevaison en sortie de secteur.

Repoussé à plus de deux minutes de la tête, le Néerlandais n’a pas abdiqué et amorcé une course-poursuite mémorable. Entre-temps, 8 coureurs se sont isolés à l’avant : Pogacar, Mads Pedersen, Lawrence Pithie, Christophe Laporte, Jasper Stuyven, Stefan Bissegger, Jordi Meeus et Filippo Ganna.

Un groupe qui n’est pas longtemps resté uni. Ganna, Pogacar et puis van Aert ont tour à tour été retardés par des crevaisons ou des problèmes mécaniques. Ils ont à chaque fois dû puiser dans leurs ressources pour recoller à l’avant.

Sans véritable temps mort, cette course folle a vu Mathieu Van der Poel revenir brusquement dans le coup ! Auteur de multiples accélérations sur le pavé, le Néerlandais est revenu à 20 secondes du groupe de tête, bien aidé par les relais appuyés de "Pippo" Ganna.

Une attaque décisive et une explication finale maîtrisée : le chef-d’œuvre de Wout van Aert

La jonction était presque opérée mais Wout van Aert a lancé l’offensive, une centaine de mètres avant d’entrer dans le secteur n°12 à Auchy-lez-Orchies. C’est là qu’il s’est lancé dans un mano a mano formidable avec Tadej Pogacar, seul à pouvoir le relayer alors que Mads Pedersen était trop court pour bondir dans la roue.

Les deux hommes sont alors partis dans un numéro en tandem pour se diriger vers les secteurs décisifs de la course. Derrière eux, un groupe de 6 (Van der Poel, Pedersen, Laporte, Bissegger, Stuyven et Mick Van Dijke) s’est constitué.

Ceux-ci ont longtemps compté un retard d’une quarantaine de secondes mais l’écart s’est réduit à 20 secondes avant le Carrefour de l’Arbre, dernier secteur 5 étoiles au programme. C’est Tadej Pogacar qui a pris l’initiative et dicté le tempo, évitant de peu la chute dans un virage. Incapables de se départager à la pédale, c’est donc dans le vélodrome qu’ils se sont livrés une explication au dénouement heureux pour le Belge, enfin auréolé sur les pavés roubaisiens. Une victoire pour son équipier Michael Goolaerts – décédé sur ces routes en 2018 – mais aussi pour tous ceux qui ont toujours cru en lui. Un peuple du cyclisme qui célèbre aujourd’hui avec lui.

Source : RTBF
Photos : Kramon

12/04/2026